mercredi 2 septembre 2015

Montessori or not Montessori?

C'est en découvrant les écrits de Maria Montessori que je suis tombée amoureuse des pédagogies alternatives.
Bizarre me direz-vous pour quelqu'un qui pratique la pédagogie depuis très longtemps (bah oui je suis prof à la base)
Et bien aussi curieux que cela paraisse, en formation d'enseignant, on ne nous a jamais évoqué d'idées issues de courants alternatifs (bon, ok, pas si bizarre que ça quand on y réfléchit ;-)), pourtant j'ai enseigné en France, mais aussi en Angleterre, je me suis formée pour être professeur d'anglais, mais j'ai aussi suivi un module plus général car je voulais aussi préparer le concours d'instit', et bien malgré ces divers horizons, rien de rien ;-)

Bref, quand mon fils était petit, j'ai vraiment fait confiance à mon instinct, j'étais à son écoute, et je l'ai énormément observé... et suivi! C'est lui qui m'a élevée.
Notre environnement et notre attitude étaient "montessoriens" sans même le savoir (finalement, adapter l'environnement à l'enfant est juste naturel...)
Il était beaucoup attiré par la vie pratique, quand mes amies me disaient que leurs enfants jouaient à des choses qui ne l'intéressaient pas, si bien que j'ai fait des recherches et suis tombée sur les idées de Maria Montessori.

Quel bonheur que de lire l'Enfant et de ne plus se sentir seule au monde ou "bizarre" parce que l'on a une haute estime de l'enfant, de ses capacités, que le respecter est naturel, et que "dans notre monde" les caprices n'existent pas.

Bien entendu, j'ai lu et étudié la pédagogie scientifique. Et j'ai été séduite par tout ce matériel et la logique de sa progression, qui se base sur l'observation de l'enfant, ses périodes sensibles et qui s'adapte donc à ses besoins.
L'envie de mettre mes enfants en école Montessori m'a même traversé l'esprit...
Problème: ceci a un coût, et niveau pratique il n'y avait pas d'école Montessori dans le coin...

Dans tous les cas, je me suis vite rendue compte que même une école Montessori avait ses limites. D'abord, (presque) n'importe qui peut se proclamer "école Montessori", après il faut que l'esprit (et la bienveillance) y règne, ce qui n'est hélas pas toujours le cas.
Ensuite mes enfants sont très attirés par le matériel Montessori, et ce matériel répond souvent à des besoins de manipulation ou de maîtriser telle ou telle notion... Oui mais pas toujours, pas tout le temps, pas toute la journée, ni même 3h par matinée.
Souvent ils ont juste envie d'être chez eux à écouter de la musique, jouer ou faire la cuisine.
Ou bien ils ont envie d'aller se balader toute la matinée, et donc pas d'être fermé dans une école, si Montessorienne soit elle.
Finalement, l'absence d'école Montessori a mené a ce constat très simple: c'est à la maison que l'éducation au sens large pouvait se faire au plus près de nos convictions, mais surtout des besoins de nos enfants. (Enfin par "à la maison" il faut bien sûr comprendre "hors de l'école", car nous sommes tout sauf fermés chez nous!)
Tout était là, il ne manquait rien, donc quand M. a eu 3 ans, nous n'avons pas vu de raison de changer quoi que ce soit à son quotidien...

Entre temps j'ai bien entendu découvert d'autres pédagogies alternatives dont l'expérience Reggio et sa métaphore des 100 langages . Son observation de l'enfant, son rapport à l'Art et à la nature, et la simplicité et l'efficacité de son (absence de) "matériel" (spécifique) faisaient grandement écho à ce que j'avais observé chez nous (les enfants adorent manipuler toutes sortes de loose parts, qu'elles soient naturelles ou non, pour observer, construire ou explorer à la table lumineuse par exemple)
On ne peut pas reproduire l'expérience Reggio chez soi évidemment, mais on peut s'en inspirer en créeant un environnement adapté à l'enfant, et qui évolue avec lui (on est finalement proche de Montessori en bien des points). Cet environnement est d'ailleurs considéré comme le troisième professeur. J'avais toujours accordé beaucoup d'importance au soin de l'environnement et à la façon dont il affectait l'enfant, donc s'inspirer de Reggio était naturel (finalement, nous ne nous en inspirons pas réellement, mais notre vision de l'importance de l'enfant et du rôle de l'environnement se rejoignent ;-))
Etre sensible à Reggio va quelque part de paire avec le "unschooling", le courant que j'affectionne le plus.
Et oui car en observant mes enfants, en ne cherchant jamais à les "remplir comme des vases vides" j'ai bien vu qu'ils apprenaient seuls, naturellement, tous les jours. Je ne propose jamais d'activités à proprement parler, elles naissent toujours d'eux et leurs jeux, je me contente de les observer et de "travailler" sur l'environnement en y disposant parfois des choses susceptibles de les intéresser.
"Learning all the time" disait John Holt...
Tout comme la préhension, la marche, le langage, ils ont appris seuls les noms des couleurs, ils n'ont pas eu besoin d'un cours, d'un jeu ni même des boîtes de couleurs montessoriennes... Ce fut pareil pour les lettres et les chiffres... je fais exprès ici de citer des apprentissages "académiques", que beaucoup de parents attendent de leurs enfants (en leur mettant parfois beaucoup de pression! :-( ) et qui sont attendus de l'école dès la maternelle. Mais mes enfants ont également appris le nom de fleurs, d'arbres, des choses sur les animaux, les dinosaures, la peinture... se sont intéressés à la transformation des pissenlits, aux cloches de clochers, aux chevaux, à la construction etc etc, la liste est tellement longue!
Aucun apprentissage n'est plus valorisé qu'un autre, aucun intérêt n'est jugé indigne d'intérêt.

Pour en revenir à Montessori, j'avais proposé à M. quelques plateaux de vie pratique, pour prolonger ce qu'il faisait déja dans la vie quotidienne, puis quelques éléments du matériel sensoriel (tour rose, plaquette de couleurs).
Il les faisait quelques fois, mais c'est tout, il était bien plus absorbé par ses projets de construction par exemple, dans lesquels il abordait des notions d'équilibre, poids, taille... J'avais vraiment l'impression d'arriver trop tard à chaque fois. Puis se posait le problème du prix, de l'organisation de l'espace, de comment gérer sa petite soeur de un an qui voulait prendre le matériel...
C'était réellement devenu "prise de tête" (sûrement parce que je ne savais pas comment gérer, je l'accorde volontiers) mais du coup je me suis dit: "bon OK, c'est très bien comme matériel, mais vu qu'il s'en est passé jusqu'à présent, il pourra continuer à s'en passer", et j'ai oublié quelques mois le matériel Montessorien (enfin pas vraiment, car je continuais de lire, me questionner, lire, me questionner, lire, me questionner...)

Effectivement, mon aîné s'en est très bien passé et a continué d'apprendre multitude de choses via les apprentissages autonomes (dans tous les cas, même lorsqu'il utilisait du matériel Montessori, c'était vraiment occasionnel, genre deux trois fois dans la semaine, le temps qu'il voulait, vu que je ne pouvais avoir d'espace dédié) et je me basais vraiment sur ce que j'observais de ses apprentissages autonomes pour proposer des choses en Montessori (d'où sans doute le fait que j'arrivais trop tard! Mais par exemple pour les couleurs, il les nommait et reconnaissait à 18 mois, je ne voyais pas l'intérêt de lui proposer des tablettes de couleurs à cet âge là!)

Puis, cet été, il a une fois de plus montré l'envie d'explorer les lettres.
C'est un thème qui revenait souvent depuis ses deux ans. Il avait une conscience phonologique déja très développée et transcrivait des mots en sons à l'oral en jouant et chantant. Par périodes, il allait s'intéresser fortement au langage écrit, apprendre des choses nouvelles, laisser mijoter quelques semaines, voire plusieurs mois.
Nous avons donc repris les lettres rugueuses, et par hasard en en voyant 3 à la suite, il a lu...  (f-i-l) Il a appris toutes les lettres cursives (car il avait appris le son des lettres scriptes qu'il voyait dans son environnement de lui-même petit à petit...) en quelques jours.
Les premières dictées muettes ne lui posaient aucun problème et il était capable de lire les séries de mots des séries roses.

Forcément pour en être à ce stade cela signifie que les apprentissages de M. ne viennent certainement pas de la méthode Montessori, mais son utilisation a alors été très bénéfique ou en tout cas a répondu à un intérêt de façon efficace. Il est bien évidemment forcément possible d'y répondre autrement, mais, à ce moment précis c'était une solution évidente et facile pour moi.
Son papa a appris à lire seul... On sait donc que notre fils pourrait le faire aussi, mais en attendant il est très demandeur, et le jour où il a découvert qu'il pouvait écrire ou lire des mots simples, il n'a fait que ça pendant 3 jours, c'était donc un réel besoin profond. Puis il est passé à autre chose, l'air satisfait.

Il en est de même du côté des chiffres... Il compte sur ses doigts tous les jours, s'invente des jeux de dénombrement, il apprend donc seul, et s'aide de son environnement, mais je sens vraiment un intense besoin d'aller plus loin. D'être davantage "nourri".

Les invitations de type Reggio sont supers, et d'ailleurs M. en invente lui-même avec ce qu'il a à sa disposition (placer des chiffres translucides sur la table lumineuse et y associer le nombre de jetons correspondant par exemple) mais quand même je me demande parfois si cela lui "suffit", alors nous allons utiliser du matériel Montessori pour les maths aussi, ou du moins faire un essai.

Je pense donc pouvoir dire que ce sera "un peu de Montessori", en libre choix (réel), comme il est prévu à la base, pas de temps imposé, ni de rythme, ni d'attentes.
Le reste du temps, sera comme d'habitude, en jeu libre, sorties... apprentissages autonomes.
Pas de programmation de nos journées, pas d'emploi du temps à respecter...mais une dose de Montessori si on pense que cela peut nourrir un intérêt. Après je ne suis pas fermée, je verrai d'ici quelques mois si ça vaut réellement le coup de continuer dans cette voie, car le matériel a un coût... et les apprentissages autonomes sont tellement chouettes et peuvent se passer de ce genre de matériel onéreux...
La proportion d'apprentissages autonomes est tellement plus élevée par rapport à celle du matériel Montessori, que je me demande encore si je ne fais pas fausse route (et je crois déja avoir ma réponse...) mais j'ai accepté que c'est une fausse route que j'ai pour le moment besoin de prendre...

8 commentaires:

  1. En effet, nos réflexions sont toutes les mêmes quand nous tombons dans la marmite des pédagogies alternatives ;-)

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  2. Par contre je reproche un peu aux pédagogies une dépense en matériel et loose parts assez importante, étant en quête de minimalisme. Je trouve qu'il faut sans cesse dépenser. Du coup je ne sais plus trop vers quoi me tourner, mais ici aussi Célio se sert très peu du matériel montessori. Peut-être que je l'ai freiné dans ses manipulations. (Du fait que les pièces tombaient et que je suis très maniaque, enfin moins qu'avant)

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    1. Je te comprends! C'est vrai qu'il faut garder à l'esprit que Montessori est à la base pour une classe et que du coup le matériel n'est pas à acheter pour la maison... Je ne sais pas si c'est que tu l'as trop freiné, mais en tout cas ici, les enfants ont toujours découvert et expérimenté les concepts avec d'autres matériels ou même sans... et du coup le matériel ne servait pas lol. Je pense aux couleurs... qu'ils ont connues bien avant d'être en âge de faire les boîtes, ils se faisaient leurs mises en paires et tris spontanément avec des jeux ou autres et après la découverte des boîtes ne présentait plus d'intérêt (je parle pour mon aîné, ma fille je ne lui ai même pas présentées..). Les additions, compter et dénombrer, à chaque fois du coup le matériel ne servait plus réellement. Il le faisait quand même et semblait apprécier, mais rapport utilisation/coût, en sachant qu'il trouvait à faire autrement et s'y absorber davantage m'a rapidement fait dire que ça ne valait pas le coup d'investir autant! Bref, il a très peu servi... Si je n'ouvre pas d'ateliers, je pense que je revendrai tout petit à petit :-/ Tu penses faire l'IEF dans tous les cas?

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  3. J'aimerai bien faire l'ief, nous sommes en mode décroissance nous aimerions réussir à vivre avec moins de choses, moins de besoins donc moins d'argent... à voir si le côté financier suit. Et sinon pour le matériel ici c'est pareil il connaissait ses couleurs avant d'avoir les boîtes. Mais il s'en sert parfois pour faire des enclos pour les animaux, aux mieux je les revendrais ou on les recyclera reggio. ;-)

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    1. C'est vrai que c'est difficile de combiner Montessori et décroissance... ca me gêne parfois la présence de tout ce matériel.. Je réalise aussi que s'il n'était pas aussi cher je me serais moins pris la tête...! C'est sûr que dans une classe, l'enfant peut sortir la boîte de couleurs, se rendre compte que cette activité ne lui apporte plus grand chose à ce stade et la ranger pour se concentrer sur autre chose. A la maison c'est plus difficile à accepter... Pourtant on devrait! Il y a bien sûr d'autres choses sur lesquelles mon fils a passé beaucoup de temps: les cylindres surtout! Mais aussi les barres rouges... Donc bon, c'est un peu le pari, quels matériels je prends ou ne prends pas ... :-/

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  4. Article très intéressant, sur lequel je reviens, car je n'avais pas pris le temps de le commenter ;-) Ici, on passe par différentes phases : Montessori pur pendant quelques années, puis école Montessori où je travaillais deux ans (impératif financier et pas envie de mettre les enfants dans le public pour aller gagner ma croûte...), puis repreise de l'IEF en septembre 2015 : unschooling pur jusqu'en décembre puis doucement Montessori revient s'imposer dans notre IEF depuis ce mois-ci et j'ai même commandé du matériel, moi qui pensais ne plus le faire... Bref, la vie et les enfants sont mouvement, à nous de nous laisser porter !!!

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    1. Merci pour ton retour! J'ai découvert ton blog il y a quelques mois, du coup je ne connaissais pas tout l'historique, c'est très intéressant, il faudra que je retrouve les publications des différents époques... J'aime beaucoup lire les témoignages de personnes qui ont eu des cheminements à peu près similaires ^^ Je me demande ce qu'aurait donné l'école Montessori pour mes enfants par exemple! Pour ce qui est de Montessori/unschooling, j'ai l'impression de m'être beaucoup pris la tête pour pas grand chose.! Tu penses repartir sur Montessori pur (ou presque) ou juste accompagner quelques apprentissages avec? Comme tu dis à nous de nous laissez porter, c'est tellement simple pour eux, je me demande pourquoi je réfléchis tant de mon côté!! ;)

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  5. Je découvre cet article avec un train de retard mais il fait énormément écho à mes réflexions actuelles ; et les commentaires aussi viennent les nourrir... à nous de trouver peu à peu notre chemin, notre équilibre. C'est assez angoissant !

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