mardi 12 février 2019

6 heures par jour ? Les sages paroles de John Holt.

J'adore John Holt, ce visionnaire à la parole toujours pleine de sagesse.
Je relisais dernièrement des extraits de "Growing without schooling" et je me suis dit que cet extrait répondrait parfaitement aux questions les plus fréquentes sur les débuts en IEF (notamment sur l'organisation au quotidien et le "comment faire") et pourrait donc détendre bon nombre de parents se lançant dans la belle aventure qu'est l'IEF. 


A l'époque où il tenait une revue sur l'IEF, John Holt répondait fréquemment aux questions des parents. L'un d'eux se demandait par exemple comment caser 6h de cours à son enfant sur une journée ... 

John Holt : "Lorsqu'ils envisagent de sortir leurs enfants de l'école pour la première fois, les gens me demandent souvent : "Comment vais-je lui faire 6 heures de cours dans la journée ?"
Je réponds alors : "Mais qui vous parle d'enseigner 6 heures par jour ?" Enfant, j'ai fréquenté les "meilleures" écoles, certaines publiques, la majorité privées. J'étais bon élève, le genre d'élève à qui les professeurs aimaient parler. Et c'était pourtant chose rare si dans la journée je recevais 15 minutes d'enseignement, c'est à dire, de discussion intéressée et réfléchie / attentionnée avec un adulte sur un sujet que je trouvais intéressant, étonnant ou important.Sur toute ma scolarité, la moyenne serait probablement plus proche de 15 minutes par semaine. Pour la plupart des enfants dans la plupart des écoles, ce sera beaucoup moins que ça. Beaucoup d'enfants ne reçoivent aucun enseignement du tout de toute leur scolarité. Quand les professeurs s'adressent à eux, c'est seulement pour ordonner, corriger, avertir, menacer ou blâmer. Bref, vos enfants n'ont pas besoin, ne veulent pas, et ne supporteraient pas 6 heures de votre enseignement chaque jour, même si vous vouliez en faire autant. Les aider à découvrir le monde ne recquiert pas autant d'apport de votre part. Ce dont ils ont surtout besoin, vous leur avez donné depuis leur naissance. Comme je l'ai déja dit, ils ont besoin d'avoir accès au monde. Ils ont parfois juste besoin d'une occasion de discuter de façon honnête, sérieuse et tranquille. A d'autres moments, ils ont besoin de plaisanter, jouer, de "faire les fous", ou encore parfois de moments de tendresse, de sympathie ou de réconfort. La plupart du temps, ils ont simplement besoin de partager votre vie, ou au moins, de ne pas s'en sentir exclus : d'aller aux endroits où vous allez, de voir et de faire certaines des choses qui vous intéressent, de connaître vos amis, de découvrir ce que vous faisiez quand vous étiez petit et avant qu'ils ne soient nés. Ils ont besoin qu'on réponde à leurs questions, ou au moins qu'elles soient entendues et accompagnées (si vous n'avez pas la réponse, dites simplement "je ne sais pas"). Ils ont besoin de connaître davantage d'adultes dont l'activité principale dans la vie n'est pas de s'occuper d'enfants. Ils ont également besoin de quelques amis de leur âge, mais pas des dizaines : deux ou trois  (5/6 au plus) suffisent. C'est le maximum de "vrais amis" qu'un enfant peut avoir en même temps. Mais surtout, avant toute chose, ils ont besoin de beaucoup de moments rien qu'à eux; des moments de solitude, de calme ... des moments où il n'y a rien à faire. Les écoles ne fournissent rien de tout cela. Et peu importe comment et à quel point elles ont pu changer depuis, elles ne pourraient jamais fournir tout cela. Mais le parent moyen, la famille, le cercle d'amis, le voisinage et la communauté le peuvent et fournissent tout ceci, peut-être pas autant qu'auparavant ou autant qu'ils le pourraient, mais bien assez déjà. On n'a pas besoin d'un doctorat ou de toute autre sorte de diplôme pour aider son enfant à trouver son chemin dans le monde."(1)
John Holt,  "Growing without schooling"


J'ai adoré relire cet extrait, car même en étant parent d'enfants libres d'écoles depuis toujours, il peut m' arriver comme tout un chacun à la fin de la journée, d'avoir des doutes, de me demander si j'en ai "fait assez" (même si bien entendu, pour ma famille la notion de "faire assez" sera sensiblement différente de celle de beaucoup de familles !)
Et il y a quelques semaines, c'est mon mari qui m'a sortie de mes doutes du jour : "Non mais tu te rends compte ? Nos enfants sont ECOUTES, on répond à leurs questions ou on les aide à trouver des ressources et/ou personnes qui le feront, et ça presque 24h/24, combien d'enfants ont cette chance ?" Il disait exactement la même chose que John Holt (sans le savoir)... Mais c'est vrai que même en le sachant, on peut malgré tout douter parfois. 

En ce moment, mes enfants passent plusieurs heures à lire chaque jour : le matin, dans la journée, le soir ... Parfois ils n'ont donc aucunement besoin de nous mais ils savent que l'un de nous est présent, à l'écoute. Ils vont donc pouvoir nous poser des questions de vocabulaire, relever une particularité orthographique et nous allons en discuter ensemble. J'ai bien dit "discuter" !  ... pas faire une leçon ou en profiter pour essayer de forcer un apprentissage. Répondre (ou aider à réfléchir à une réponse) à la question, pas plus ni moins. 
D'autres fois, ces mêmes lectures vont les amener à observer des choses (récemment ils en sont venus à parler d'élections à partir de BD des Schtroumpfs dont ils ont emprunté presque tout le rayon à la médiathèque), à en créer des jeux pour comprendre le fonctionnement de la société (ce jour-là ils ont par exemple dessiné des affiches d'élection avec le portrait de leur candidat et le "votez pour moi"), tout ce que nous avons fait c'était répondre à leurs questions lors du repas du soir (beaucoup d'éclaircissements, explications et donc apprentissages ont lieu lors des repas chez nous).
Parfois, ils vont découvrir des choses lors de sorties, lors d'expériences, et nous apprendrons ensemble, car nous n'avons pas toujours la réponse à leurs questions. Et d'autres fois encore, ils apprendront sans nous, en lisant un livre seul ou lors d'activités / sorties où nous ne sommes pas présents. Alors c'est vrai, certains jours, nous pouvons être pris de doutes ... Si les enfants ont été particulièrement autonomes, ont joué loin de nous, n'ont pas eu de questions particulières ou que sais-je encore, on pourrait en venir à penser que nous ne faisons "pas assez" ... Mais déja, les apprentissages se construisent jour après jour, il n'est donc pas nécessaire de faire un "bilan" à la fin de chaque journée. Souvent c'est au bout de plusieurs semaines que l'on arrivera à synthétiser, à voir plus clair dans ce qui a motivé l'enfant à faire ce qu'il faisait. Il se peut fortement également qu'on ne sache pas vraiment ce que lui aura apporté telle ou telle activité, et ça n'est absolument pas grave. Il n'apprend pas pour nous, mais bien pour lui ... Mais dans tous les cas, si l'on maintient cette constante : "offrir l'accès au monde, être disponible et faire confiance à son enfant", on ne peut pas prendre de mauvais chemin pour nos enfants et nous-mêmes et ne pas "en faire assez".

Finalement, des décennies avant que les neurosciences ne nous le prouvent, John Holt avait déja observé et compris que la chose la plus importante pour qu'un enfant soit dans des conditions optimales d'apprentissage c'était l'attention, l'écoute, la présence, l'acceptation, l'amour inconditionnel en somme qui va de pair avec une confiance infinie en son enfant et ses capacités. Et c'est finalement ce que nous offrons à nos enfants au quotidien. Cela ne peut donc pas se mesurer en nombre d'heures ou de mots échangés (à la journée) ... C'est bien plus que cela et ça n'a tout simplement pas de prix.

(1) Extrait de "Growing without schooling", volume 1. p.  (Traduction personnelle)

dimanche 11 décembre 2016

Les gens comme nous

Il nous est arrivé une "mésaventure" au parc il y a plusieurs semaines.


Nous étions seules, ma fille et moi, dans une aire de jeux où nous allons souvent. Ma fille jouait dans une grande "tour" avec toboggan. Elle était dans son petit monde et jouait au cheval en s'inventant des histoires (elle dit généralement que c'est son box).
Quand... arrive une petite fille de son âge avec sa grand-mère. La petite fille monte dans la tour, ma fille se déplace et "bouche" la sortie qui permet de redescendre en glissant sur le toboggan en déclarant "je fais barrière".
J'observe, mais n'interviens pas.
J'aime voir comment les enfants s'en sortent seuls, sans l'intervention (souvent à outrance) de l'adulte.
N'est-ce pas par le jeu et les relations aux autres que les enfants apprennent la sacro-sainte socialisation .. ?

La petite n'a même pas le temps d'exprimer quoi que ce soit que la grand-mère dit d'un ton sec à ma fille : "Non, non, non tu te pousses, on veut passer". .
Personne ne se plaignait, ma fille n'a "menacé" personne juste bougé à un endroit, où à ce moment il n'y avait personne et dit qu'elle faisait (certes physiquement) une barrière. D'ailleurs, avant que la mamie et sa petite fille n'arrivent, ma fille parlait seule, et là elle avait parlé de barrière en les voyant arriver, mais pas en s'adressant directement à elles.
Je précise qu'une fois dans la structure il y a trois endroits possibles où aller. La petite fille n'avait pas exprimé le souhait d'aller où se trouvait ma fille (d'ailleurs cette petite fille n'avait visiblement pas l'espace physique ou sonore d'exprimer quoi que ce soit...)

Bref, il y a eu zéro échange de paroles...
La grand-mère a fait peur à ma fille en parlant un peu fort et en imposant physiquement sa présence un peu trop près d'elle, ce qui a eu pour effet de lui donner l'envie de rester ... en barrière.  Certainement aussi qu'elle était intimidée et paralysée de voir surgir cette dame inconnue qui parlait sèchement et un peu fort, et qui visiblement ne l'appréciait pas ! Elle qui était à jouer et chanter seule quelques minutes avant... Je me lève alors et approche mais je ne peux même pas m'adresser à ma fille, la grand-mère parlait encore, "allez tu te pousses on veut passer maintenant" (sur un ton sec et tout sauf cordial) Ma fille finit par se pousser en lançant un regard vers la petite fille qui n'a toujours pas ouvert la bouche (elles ont alors le même âge, environ 3 ans ...) la petite fille glisse sur le toboggan et s'en va, guidée par sa grand-mère sur la structure d'à côté.


Ma fille reprend ses esprits, glisse à son tour du toboggan et ni une ni deux, la voilà sur la structure d'à côté elle aussi. C'est une structure avec plusieurs parcours en bois surélevés, type "accrobranche", mais à moins d'un mètre du sol. Ma fille va sur un parcours, la grand-mère guide sa petite fille sur un autre. Puis le moment arrive où la petite fille et sa grand-mère arrivent vers le côté où se trouve ma fille.
Ma fille s'arrête alors au bout et lance "je fais barrière". La petite fille se trouve alors à au moins trois mètres puisqu'elle ne s'est pas encore engagée sur la structure adjacente. Elle ne dit rien mais la grand-mère s'écrie "non, non tu vas te pousser, ça suffit maintenant" !
Alertée par ce qui venait de se passer au toboggan, je m'étais approchée cette fois-ci. J' interviens doucement auprès de ma fille pour tenter de comprendre son jeu: "Tu fais la barrière?"
Ma fille n'a même pas le temps de me répondre que la grand-mère intervient et nous coupe "oui oui elle faisait déja pareil tout à l'heure au toboggan". Ma fille commence à se paralyser, la grand-mère et la petite fille ont entre temps eu le temps d'arriver à hauteur de ma fille. La petite fille ne semble pas gênée par ma fille. Elle pourrait faire demi-tour, elle pourrait la contourner, elle pourrait même (soyons fous!) lui demander de se pousser, lui dire qu'elle la gêne. Non, elle ne peut rien dire. La grand-mère s'énerve avant même que tout échange ne puisse avoir lieu.
"Allez enlève toi maintenant ça suffit". Ma fille n'ayant pas l'habitude qu'on lui parle de la sorte, se crispe, elle tremble (!), elle a peur et est choquée.
Je me baisse et la regarde, la dame est carrément collée à moi ! Je n'ai pas non plus mon espace, c'est très désagrable, je n'ose même pas imaginer ce que ma fille ressent... Je lui parle en essayant d'ignorer la grand-mère... "E. je crois que la petite fille a envie de passer, tu veux bien te décaler, s'il te plaît?" Ma fille me regarde, elle semble m'écouter, mais ni une ni deux la grand-mère intervient: "Mais vous allez l'enlever oui , c'est pas possible c'était déja pareil tout à l'heure, on ne vient pas ici pour se faire embêter !!"
Je me tourne vers la dame, "Je peux parler à ma fille sans que vous ne nous coupiez?"
-Mais vous voyez bien que ça ne marche pas ! Elle ne vous écoute pas !
-Evidemment vous êtes là à commenter et lui faire peur, elle n'a pas l'habitude qu'on lui parle comme ça"
J'essaie de nouveau de parler à ma fille (ça a l'air long comme ça par écrit, mais en réalité ça n'a pas duré plus de deux minutes...) et là la dame bouge et commence à prendre le bras de ma fille pour la faire descendre !
Mon sang ne fait qu'un tour et je tente de rester calme mais parle un peu vite, et sûrement un peu fort. "Vous ne touchez pas ma fille !"
"Mais elle nous embête depuis tout à l'heure, y en a assez maintenant, ça suffit de se faire embêter quand on vient au parc, à un moment il faut qu'ils obéissent visiblement ça ne marche pas avec vous, vous ne faites rien." (ah oui, usons donc de la force, ça marche tellement bien !)
Ma fille est alors partie se cacher en pleurs derrière un jeu ! L'autre petite fille ne dit rien, elle n'a toujours pas ouvert la bouche depuis qu'elle est arrivée au parc...
Je tente d'expliquer à la grand-mère que SI, je FAIS:  je PARLE, j'OBSERVE, j'essaie de COMPRENDRE.
Je fais confiance à ma fille et pars du principe que si elle fait un jeu, un test de jouer à être une barrière et de le dire devant des gens qu'elle ne connaît pas, il y a une raison.
J'estime que je n'ai pas à intervenir si elle ne dérange pas la personne en train de jouer près d'elle. Ici elle ne dérangeait pas la petite fille, qui est censée être celle qui s'amuse... Elle "dérangeait" sa grand-mère. Pourquoi ? Je l'ignore, je ne l'ai toujours pas compris... Apparemment son idée de jouer au parc consiste à guider sa petite fille sur toutes les structures, sans savoir ce qu'elle a envie de faire, sans lui permettre de faire ses propres expériences ou d'aller à la rencontre des autres... Je trouve cela terriblement triste.


S'ensuit une conversation totalement inutile. Enervée qu'on ait physiquement bougé ma fille je perds patience. Je sens bien que ça n'est pas constructif, la dame crie et me dit que déja au toboggan "je n'ai rien fait" et que là ma fille recommence, qu'elle verra quand elle sera à l'école (seriously?) qu'il faudra bien qu'elle obéisse... J'ai tenté de lui demander si elle connaissait les enfants, si elle avait essayé de comprendre. Non, non. Elle estime qu'après une journée de travail, elle n'a pas à attendre (même pas deux secondes visiblement ...)
Bref, comme le ton monte le grand-père intervient et c'est là qu'il lance:
"Allez, arrêtez madame, ça suffit, on en a assez des gens comme vous, on les connaît bien, on a affaire à eux tous les jours !
-Pardon ? Les "gens comme moi" ? C'est quoi ? Les gens qui respectent leurs enfants ?"
Lui aussi me parle d'école, de règles... J'en viens à lui dire que je travaille aussi avec les enfants. Je lui parle de VEO, ça n'évoque visiblement rien pour lui... Il se trouve que j'ai avec moi un Kaizen hors-série "Pour une enfance joyeuse", je leur propose de leur laisser en lecture, ils refusent catégoriquement en me fuyant alors.
J'ai entre temps repris mes esprits et suis pourtant très calme et zen, je leur dis alors "mais vous ne pouvez pas intervenir auprès de ma fille, lui manquer de respect, la prendre par le bras et espérer ensuite que je ne vais rien dire"

Mon mari arrive, je lui raconte ce qui vient de se passer, il demande donc des explications sur "les gens comme nous". Le grand-père bredouille une excuse bidon puis discute calmement avec lui. Il semble rassuré en apprenant qu'il est lui aussi enseignant... Sa femme continue de dire des choses incohérentes en criant à moitié, il lui lance "Calme toi, ces gens sont aussi dans l'enseignement". (?)
Du statut de "Cassos laxiste", je suis apparemment devenue quelqu'un de "respectable" à ses yeux ... car je suis enseignante, comme lui. Même si visiblement nous n'avons pas du tout mais alors pas du tout la même vision de l'éducation ni de l'enfant.
Le grand-père continue de discuter avec mon mari et la grand-mère nous évite de peur que je ne lui parle. Elle part s'isoler sur un banc plus loin, ce qui laisse la liberté à la petite fille d'enfourcher son vélo... et devinez quoi? Elle tourne sur la piste cyclable avec ma fille et mon fils et ... elle leur parle, très amicalement.
Ils tournent ensemble, discutent et rigolent. Bref, jouent ensemble comme le font généralement naturellement les enfants quand on leur laisse la liberté de le faire.
Je ne peux m'empêcher de penser "quel gâchis". La grand-mère, elle, reste sur sa position, isolée...

Et bien Monsieur, Madame, sachez en tout cas que des "gens comme nous", j'espère de tout coeur en croiser davantage et d'ailleurs je suis ravie de voir qu'il y en a de plus en plus , mais quand bien même, la prochaine fois, n'hésitez surtout pas à passer votre chemin ...


Ce qui m'inquiète le plus dans cette histoire, c'est de savoir que des enfants sont confiés à des "gens comme eux" chaque jour... Des gens qui encore à notre époque pensent que l'adulte a toujours raison, que l'enfant doit lui "obéir" sans réfléchir et surtout s'exécuter immédiatement.
Ma fille a passé un sale moment, mais elle, elle sait qu'elle a droit à autant de respect qu'un adulte et nous avons pu débriefer tranquillement le soir.
Qu'en aura retenu l'autre petite fille ? Qu'elle doit faire tout ce que sa grand-mère lui dit ? Obéir aux adultes même si elle ne comprend pas pourquoi ? Qu'elle n'est pas "capable" d'interagir ou négocier avec un autre enfant sans l'aide d'un adulte ? Que ses envies et sentiments ne sont pas importants ?

Les "gens comme eux" pensent que les enfants ne sont pas capables d'exprimer leurs envies, leurs souhaits ou d'interagir avec d'autres enfants. Qu'ils sont incapables de résoudre un conflit (et ici, il n'y avait même pas de conflit !) ou de trouver des solutions par eux-mêmes, ce qui pourtant est très constructif et développe en plus la créativité ...
En essayant de résoudre un conflit, sous le regard d'un adulte respectueux et non-interventionniste, l'enfant peut apprendre des autres, prendre confiance en lui et ses capacités, apprendre à négocier et se construire en relation avec l'autre, bref il peut grandir en étant acteur de sa propre éducation.

Quant à ma fille et son jeu de barrière, et bien elle l'a refait quelques temps après avec un autre enfant, qui lui a dit en rigolant:
 "Barrière, ouvre toi !"
...et devinez quoi !
Ma fille s'est poussée, avec le sourire !

Oui, c'est un bien beau gâchis quand au nom de la "socialisation" on empêche précisément les enfants de socialiser.

dimanche 24 avril 2016

Le processus, pas le résultat (où l'art de vivre l'instant présent)

L'autre jour les enfants se sont installés à la table pour dessiner.
Ils n'y allaient pas avec une intention particulière (cela leur arrive, mais ce jour-là non). C'était juste pour le plaisir de laisser des "traces" et voir où les crayons allaient les emmener cette fois-ci.


M. dessine un soleil (c'est d'ailleurs la première fois qu'il fait un soleil jaune)
E. fait des traits.


Rapidement, chacun se met à raconter ce qu'il fait. Il y a le soleil d'un côté, puis des "araignées sur un fil" de l'autre. Ils sont alors chacun dans leur univers propre et commentent plus pour eux-mêmes (comme lorsqu'ils jouent) plutôt que pour un auditoire. Je ne sais même pas s'ils ont seulement conscience de l'autre à ce moment-là tellement chacun est absorbé par ce qu'il fait.
En bougeant son crayon, E. explique que l'araignée bouge ses pattes et elle imite le mouvement avec sa main libre :-)


M. explique qu'"on voit bien le soleil car il fait jour" et en même temps il ajoute le bleu du ciel.
Puis il dit que la "nuit va tomber" et prend son crayon noir.
De paroles en gestes, le dessin prend forme. Cette fois l'intention est là, le plaisir palpable.


E. dit qu'"on va voir de la lumière de lave dans la nuit" et décide de faire un volcan en éruption. A chaque "trait de lave" elle explique comment "la lave va de plus en plus haut et touchera bientôt le soleil"!
(oui, la lave peut être bleue)

Puis viennent les bruitages d'explosions à chaque trait qui va de plus en plus haut. En même temps le noir recouvre tout ce soleil et tout ce bleu que M. avait pris soin de dessiner et colorier.
Les enfants mélangent alors leur univers, rient ensemble, imaginent ensemble, créent ensemble. Et moi j'assiste silencieuse à ce moment magique de création, je me fais toute petite et je profite (je vole quelques photos au passage aussi...)


Voilà qui illustre parfaitement comment l'enfant, à la base, est intéressé par le processus de création en lui-même. Il ne cherche pas à obtenir un résultat, un produit fini. Il vit à fond et profite de chaque instant de création et se fiche de savoir à quoi ressemblera le "produit définitif". Il ne se projette pas, il est ici et maintenant. D'ailleurs il ne recherche pas non plus de résultat final "esthétique" particulier. M. n'a pas hésité à complètement "gribouiller" de noir son dessin pour vivre à fond son expérience de reproduction de la nuit qui tombe avec le ciel qui s'assombrit jusqu'à devenir complètement noir et le soleil qui disparaît du ciel, littéralement voilé par l'obscurité.
Voilà ce qui a marqué la "fin" de son dessin. La nuit est tombée. Ce n'est certainement pas parce qu'il a jugé avoir devant lui un produit suffisamment "esthétique" pour être montré et apprécié des autres. Non, la séance s'est arrêtée parce que l'expérience qu'il vivait avec tous ses sens a naturellement pris fin. Le processus était terminé.

Une fois fini, les enfants ont d'ailleurs laissé leur dessin en plan, dans l'état, et n'en ont plus parlé. Comme s'ils l'avaient complètement oublié, ils sont passés à une autre occupation qui les a tout autant absorbés et passionnés.
Ils avaient vécu ce moment de création libre à 200% et étaient déja en train de vivre une autre aventure. A quoi bon s'attarder dessus?

la nuit a bel et bien remplacé le jour et l'éruption est terminée.

Ils n'ont pas eu envie de "signer" leur dessin, de le dater, l'afficher, l'offrir ou je ne sais quel autre sort l'adulte pourrait penser lui réserver...
Non, rien de tout ça.
Tout comme ils n'avaient rien prévu en s'installant pour dessiner, ils n'ont rien prévu pour leur dessin une fois terminé.
Ils vivent l'instant présent, totalement. Et ça, c'est vraiment une leçon de vie que les enfants nous donnent chaque jour.


En attendant, moi, j'hésite quand même à le jeter ! ;-) 

vendredi 22 avril 2016

Des livres qui nous ressemblent.

Je ne parle pas souvent de nos livres et pourtant il y en a plein la maison tellement j'aime les livres et que je suis terriblement faible quand il s'agit d'en acheter.. Ils font partie intégrante de notre vie depuis toujours (j'ai commencé la lecture à mes enfants quand ils étaient dans mon ventre) et les enfants passent énormément de temps à lire chaque jour.

J'avais envie de présenter quelques livres qui nous parlent particulièrement en ce moment.
Des livres simples, joliment illustrés, plutôt réalistes et qui ont tous un point commun: montrer des enfants qui jouent et surtout qui jouent dehors. A chaque fois que je les lis je ne peux m'empêcher d'y voir mes enfants :)

Bringing the Outside In, Mary McKenna Siddals

Je n'ai pas trouvé de version française pour celui-ci et ça tombe bien, j'aime bien ajouter des livres anglophones à notre bibliothèque de temps en temps. Nous suivons des enfants qui jouent dehors au fil des saisons, Ils sautent dans les feuilles d'automne, jouent dans la neige, sur la plage... Bref, une invitation à jouer dehors par tous les temps, parfait :)

On a vraiment envie de se joindre à eux, non? 

Une Journée Parfaite, Danny Parker, Freya Blackwood

Nous avons ce livre depuis quelques mois et il me fait vraiment penser au programme de nos journées! Des enfants en liberté qui passent une "journée parfaite". Journée ponctuée d'instants simples mais tellement précieux passés ensemble. Ce que ces enfants font pourrait paraître anodin, pourtant quoi de plus important?... Tout y est:
dessin
cuisine
escalade dans les arbres
trou dans la terre (une des occupations de M. ces jours!)
Regarder la pluie tomber par la fenêtre après avoir construit avec des blocs (ça me rappelle quelqu'un encore)
cododo ;-)
Les illustrations sont sublimes et les mots juste comme il faut. Un vrai bijou.

Jouets des champs, Anne Crausaz
Ce livre est en réalité un ancien coup de coeur mais on ne s'en lasse pas. J'en avais déja parlé ici.
C'est l'histoire d'une mère et de son fils qui partent à l'aventure dehors et s'amusent au passage à fabriquer des "jouets des champs"...

Ils fabriquent des radeaux, hélicoptères et poupées coquelicot (mon papa nous faisait les mêmes ;-))
L'histoire de la lune qu'on voit en plein jour m'a aussi ramenée à mes enfants puisque depuis que mon fils est tout petit, il cherche la lune tous les jours dans le ciel et grâce à lui je suis redevenue consciente de sa présence.

Comme à chacune des pages de ces livres finalement, je réalise à quel point cela fait du bien de s'émerveiller à nouveau de ces petits bonheurs quotidiens... Qu'il s'agisse du plaisir simple de regarder la pluie tomber par la fenêtre, observer la lune, être dans la nature.
Pour cela je ne serai jamais assez reconnaissante envers mes enfants de m'avoir offert ce nouveau regard sur le monde qui nous entoure.
Je vois à nouveau le monde à travers mes yeux de petite fille, et ça fait un bien fou <3

vendredi 23 octobre 2015

Au coeur des apprentissages autonomes #1 : Le Plésiosaure.

"Maman, maman! Viens voir mon plésiosaure!!"

Et voilà ce que je vis en ouvrant la porte: 

Je l'avoue. Ca y est, mon fils est plus calé que moi en dinosaures (même si techniquement le plésiosaure n'est PAS un dinosaure mais ça c'est une autre histoire)!
Ce sujet me passionne néanmoins depuis toujours et j'apprends plein de choses avec lui. Mais comme le plésiosaure est à la fin d'un livre dont je ne lis généralement que le début avec lui (la seconde partie est pour papa), je n'ai au premier abord pas vu de quel dinosaure il s'agissait!
Mais M. me le présente: "Là c'est sa tête", son long cou et son corps"
Ah ben oui, "là c'est la tête"
"son long cou"
Effectivement, je comprenais mieux de quoi il parlait, il a quand même voulu me montrer la bête en question.
Il se rend alors compte qu'il n'a pas fait de nageoires! Il choisit des dominos, mais n'en ayant trouvé que trois, il lui manque "une nageoire"
A ce moment là, E. qui jouait à côté se jette à plat ventre sur le tapis en disant:
"je nage comme un plésiosaure!!"
Enfin M. annonce"Les boules rouge et orange ce sont des météorites, elles détruisent le plésiosaure!"
"ça c'est une météorite, elle va vite en plus!"
Une belle séance de jeu et de représentation des apprentissages que l'enfant fait au quotidien.

"Quand l'enfant fait un dessin ou une construction en trois-dimensions, il cherche à communiquer ce qu'il sait. Il peut trouver les réponses à ses propres questionnements et confusions avec ses mains, alors qu'il construit littéralement sa compréhension
L.Pickert.

C'est complètement ça. 

mercredi 21 octobre 2015

Automne.

L'automne est bel et bien là et ses magnifiques couleurs avec.
Le rythme est comme ralenti. Le froid s'est installé.
Les enfants se lèvent plus tard et passent de nombreuses heures à construire et jouer ensemble, ou chacun de leur côté. Ils font beaucoup de musique, de spectacles, de jeux de lumières ou de lectures lovés dans le canapé.
"une exposition de couleurs"
un spectacle
Nous continuons de sortir chaque jour, l'occasion de ramasser des feuilles, jeter des bâtons à l'eau ou faire des bateaux qui flottent sur l'eau et que les enfants suivent au fil du courant avec leurs draisiennes. Puis nous rentrons à la maison observer nos trésors à la table lumineuse ou boire une boisson chaude.
bouquet de feuilles
De belles journées remplies de petits bonheurs simples comme je les aime...